Tests antigéniques - Interview exclusive de Yorick Berger (FSPF) : "l’officine prête, mais freinée"
Alors que les tests antigéniques respiratoires ne sont plus remboursés en officine, la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France défend un retour à une prise en charge structurée. Pour Yorick Berger, pharmacien et porte-parole de la FSPF, le dépistage reste un levier essentiel de prévention, d’organisation des soins et de pilotage sanitaire.
Quelle est la position de la FSPF sur le remboursement des tests antigéniques en officine ?

Yorick Berger, porte-parole de la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France – FSPF
Yorick Berger : Notre position est claire : nous sommes favorables au remboursement des tests antigéniques grippe, Covid et VRS réalisés à l’officine.
Ces tests constituent une véritable arme de santé publique pour lutter contre la dissémination virale.
Le diagnostic est une injonction sanitaire : quand il est posé, les comportements changent.
Bien sûr, le premier rempart reste la vaccination, mais le dépistage joue un rôle complémentaire essentiel : il permet d’identifier rapidement les personnes positives et d’éviter qu’elles ne contaminent leur entourage.
En quoi le diagnostic joue-t-il un rôle clé dans l’adhésion des patients aux mesures sanitaires ?
Y. B. : Parce que, très concrètement, une personne qui ne sait pas qu’elle est infectée continue de vivre normalement : elle va travailler, elle prend les transports, elle contamine.
À l’inverse, dès lors qu’un test est positif, on observe un changement immédiat de comportement. La personne se sent obligée de porter un masque, de s’isoler, de faire attention. C’est très français : tant que le diagnostic n’est pas posé, les gestes barrières sont peu respectés.
Comment expliquez-vous que des outils jugés indispensables pendant la crise Covid ne soient plus considérés comme prioritaires aujourd’hui ?
Y. B. : La crise Covid a été une période particulière, avec des mesures dérogatoires qui ont permis d’expérimenter beaucoup de choses : dépistage en officine, remontée de données, vaccination élargie.
Aujourd’hui, pour revenir à ce type de prise en charge, il faut repasser par un cadre législatif classique, ce qui est long, complexe et soumis à des contraintes budgétaires. Le problème, c’est que l’on raisonne souvent uniquement en termes de coût immédiat, sans regarder ce que ces dispositifs permettent d’éviter.
Vous évoquez un raisonnement économique incomplet : qu’est-ce qui vous semble manquer dans l’analyse actuelle des pouvoirs publics ?
Y. B. : Parce qu’on supprime une ligne budgétaire visible sans modéliser les économies induites.
On supprime une dépense sans mesurer ce qu’elle permet d’économiser.
Prenons l’exemple de la grippe : dépister tôt, isoler rapidement, c’est éviter des contaminations secondaires, des consultations, des hospitalisations.
C’est aussi éviter des arrêts de travail en cascade. Une personne qui contamine ses collègues, ce sont des dépenses de santé supplémentaires, mais aussi une perte de productivité et de cotisations. C’est une double perte.
Certains avancent que, sans traitement antiviral spécifique, ces tests ont un intérêt limité. Que leur répondez-vous ?
Y. B. : C’est une vision très réductrice. L’intérêt du test n’est pas uniquement thérapeutique, il est organisationnel et comportemental.
Nous avons déjà un exemple qui fonctionne très bien : le test angine. Il a permis de structurer les parcours, de réduire les prescriptions inutiles d’antibiotiques et d’améliorer l’acceptabilité des décisions médicales. Le patient accepte le résultat parce qu’il est objectivé par un test.
Le test angine est souvent cité comme un modèle réussi en officine. En quoi cette expérience est-elle transposable aux tests grippe, Covid ou VRS ?
Y. B. : Rien ne l’empêche. Aujourd’hui, avec les tests combinés grippe-Covid-VRS, on pourrait parfaitement mettre en place des protocoles simples : éviction temporaire, surveillance, orientation médicale si nécessaire.
Le patient, parce qu’il est pris en charge par l’Assurance maladie, accepte aussi les contraintes associées. C’est exactement ce que l’on observe avec les tests angine.
Selon vous, qu’est-ce qui freine aujourd’hui une prise en charge pérenne par l’Assurance maladie ?
Y. B. : Principalement une vision budgétaire à court terme. Pour l’Assurance maladie, cela représente une ligne de dépense supplémentaire.
Le dépistage n’est pas une dépense, c’est un investissement collectif.
Mais si cette dépense était présentée comme un investissement générant des économies globales — moins de malades, moins d’hospitalisations, plus de cotisations — le raisonnement serait différent. Cela suppose une approche plus proactive.
Le financement pourrait-il être partagé ?
Y. B. : Oui, et il doit l’être. L’Assurance maladie, les complémentaires, le patient lui-même : chacun peut faire un pas.
Le patient s’engage dans une démarche de prévention, le pharmacien s’engage dans un protocole structuré et la collectivité finance un outil qui bénéficie à tous.
La remontée de données est aussi un enjeu majeur. Où en est-on aujourd’hui ?
Y. B. : Nous manquons de données en France, alors même que les outils existent.
Mon espace santé fonctionne déjà très bien pour la vaccination : traçabilité des actes, des lots, interopérabilité. On pourrait parfaitement imaginer le même fonctionnement pour les tests de dépistage, si la décision politique était prise.
Les pharmaciens sont-ils prêts techniquement ?
Y. B. : Oui, clairement. Les officines sont capables d’alimenter ces outils numériques.
Les logiciels métiers le permettent, les équipes sont formées. Dans ce domaine, la pharmacie est souvent en avance par rapport à d’autres secteurs du soin. Il serait dommage de ne pas s’appuyer sur ces capacités.
Un dernier mot aux pouvoirs publics ?
Y. B. : Nous avons les outils, nous avons les compétences, nous avons le réseau.
Il faut maintenant interconnecter l’existant, sortir d’une logique purement comptable et considérer le dépistage en officine comme un levier structurant de prévention, d’organisation des soins et d’efficience du système de santé.