Économie sous tension, missions élargies : l’officine au cœur du bras de fer 2026
Lors de sa conférence de presse de vœux du 8 janvier 2026, la FSPF, par la voix de son président Philippe Besset, a dressé le bilan d’une année 2025 marquée par une mobilisation inédite de la profession et présenté ses priorités pour 2026. Sécurisation économique de l’officine, soutien aux pharmacies rurales, montée en puissance du rôle clinique et vigilance sur plusieurs dossiers structurants : la Fédération entend utiliser le cadre de la LFSS pour engager des réformes de fond.
2025, une année de mobilisation pour l’officine
En ouverture, la Fédération est revenue sur une année 2025 qu’elle qualifie de singulière pour la profession, marquée par une exposition publique inhabituelle des pharmaciens et une volonté affirmée d’expliquer les réalités de l’exercice officinal.
Philippe Besset insiste sur cette dynamique, qu’il juge inédite dans l’histoire récente de la profession :
2025 a été pour la pharmacie une année de combat, une année où les pharmaciens ont eu à s’exprimer, à aller au contact de la population.
Pour le président de la FSPF, cette mobilisation a fini par porter ses fruits sur le terrain institutionnel.
Un cadre budgétaire jugé trop contraint
Premier signal d’alerte pour 2026 : un ONDAM de ville considéré comme insuffisant au regard du vieillissement de la population et de l’augmentation mécanique des besoins de santé.
Dans ce contexte, la FSPF rappelle que le médicament demeure le principal contributeur aux économies, avec un impact évalué par la Fédération à près de 100 M€ sur la marge et les remises du réseau officinal en 2026.
Le président de la FSPF alerte sur ce déséquilibre, qu’il juge structurel :
Le médicament porte une très grande part des économies, avec des sommes immédiatement très importantes.
Plafonds de remises : une sécurisation obtenue dans la loi
La Fédération se félicite de l’inscription dans la LFSS 2026 des plafonds de remises commerciales, désormais d’application directe depuis le 1er janvier 2026 :
- 40 % pour les médicaments génériques et hybrides,
- 20 % pour les médicaments biosimilaires.
Cette inscription législative met fin au risque de modification par voie réglementaire.
Philippe Besset souligne la portée politique de cette avancée :
La loi surclasse désormais l’arrêté. Si on veut changer les plafonds, ce sera dans la loi.
Officines rurales : une urgence assumée
La FSPF a longuement insisté sur la fragilisation du maillage officinal. En 2025, 34 communes ont perdu leur dernière pharmacie, souvent des structures à faible chiffre d’affaires, exerçant un rôle sanitaire essentiel dans des territoires déjà sous-dotés.
Le président de la Fédération ne cache pas son inquiétude, estimant que la réponse publique tarde :
On fragilise complètement le maillage territorial et on ne va pas assez vite dans la recherche de solutions.
La LFSS permet désormais d’étendre l’aide conventionnelle aux officines en difficulté à l’ensemble du territoire. La FSPF vise un déploiement rapide d’une aide forfaitaire pouvant atteindre 20 000 € par an, pour environ 800 officines supplémentaires, via un avenant conventionnel « flash », avec un versement attendu au premier semestre 2026.
Situations cliniques : un changement de dimension pour l’officine
Autre évolution majeure : la reconnaissance, par l’article 63 de la LFSS 2026, de la contribution du pharmacien à l’évaluation et à la prise en charge de situations cliniques.
La FSPF distingue clairement ce nouveau cadre juridique de l’expérimentation OSyS, appelée à se poursuivre de manière transitoire pour les pharmacies déjà engagées.
Philippe Besset insiste sur la portée de cette évolution, qui dépasse la simple orientation des patients :
Évaluation et prise en charge, c’est beaucoup plus qu’orientation.
Selon la Fédération, ce cadre facilitera la création de nouveaux actes officinaux par voie réglementaire, après avis de la HAS.
France Santé : une approche pragmatique
Concernant le label France Santé, la FSPF adopte une posture prudente mais ouverte. Des financements pouvant atteindre 50 000 € sont annoncés pour les structures jouant un rôle structurant dans l’accès aux soins, y compris certaines pharmacies.
Le président de la FSPF résume sa position sans détour :
Quand on nous donne des moyens pour améliorer l’accès aux soins, on regarde d’abord ce qu’on peut en faire intelligemment.
Biosimilaires, antennes et financiarisation : lignes de vigilance
La Fédération rappelle l’entrée en vigueur, à l’horizon septembre 2026, de plusieurs leviers destinés à favoriser les biosimilaires, tout en maintenant une vigilance sur leur mise en œuvre opérationnelle.
Elle réaffirme par ailleurs son opposition à une généralisation des antennes pharmaceutiques sans traitement préalable du modèle économique, et annonce la poursuite de ses travaux contre la financiarisation du réseau, en lien avec l’Ordre.
Antalgiques de palier I : une opposition ferme
Enfin, la FSPF se déclare opposée au projet de limitation de la primo-délivrance des antalgiques de palier I lorsqu’il concerne les patients chroniques.
Elle plaide pour une exclusion des ordonnances renouvelables, estimant que le dispositif, en l’état, n’est pas adapté aux réalités de terrain.