Les violences sexistes et sexuelles

L'Anepf vient de procéder à un premier état des lieux relatif aux violences sexistes et sexuelles auprès des étudiants en pharmacie par le biais d'une enquête. Les chiffres mettent à jour le triste constat de comportements « démocratisés » ou passés sous silence.

Théo Vitrolles, porte-parole de l'Anepf, publié le 15 février 2022

Les violences sexistes et sexuelles

Lancée le 21 novembre et diffusée par les réseaux sociaux, l’enquête relative aux violences sexistes et sexuelles s’est clôturée un mois plus tard, le 21 décembre 2021. Elle a recueilli 2 103 réponses issues d’étudiants des 24 facultés de pharmacie de France.

Le sondage, d’une vingtaine de questions, était axé autour de plusieurs thématiques : l’une relative aux agissements sexistes et au harcèlement sexuel, une deuxième traitant des violences sexuelles et des viols, une troisième portant sur la conséquence de ces actes sur les victimes, enfin une partie abordait la sensibilisation la plus efficiente à mettre en œuvre selon les répondants.

La moitié (51 %) des sondés déclare avoir déjà subi des agissements répétés sexistes et 41,7 % disent être confrontés à des situations de harcèlement sexuel, que ce soit au sein de la faculté de pharmacie, dans le cadre de stages à l’officine ou dans le milieu hospitalier, durant leur externat en 5e année ou au cours de leur internat.

Les témoignages sont édifiants. « Quand des professeurs répètent que les femmes ne devraient pas être intégrées aux études de santé ou apostrophent les étudiantes en TP en leur disant tu n’es pas dans la cuisine, on finit par s’interroger sur sa propre place dans ces études ». « Durant mon internat, un médecin m’a mis la main aux fesses en me disant ça doit bien claquer en levrette ». Deux exemples qui reflètent ceux de centaines d’étudiants qui déplorent des paroles et des pratiques répétées à outrance.

Les auteurs de ces agissements ? Dans le cadre de la faculté, 89 % de ces comportements sont issus d’étudiants envers leurs pairs, 30,3 % proviennent du personnel pédagogique et 8,7 % du personnel de l’université. Ces chiffres témoignent d’une “normalisation” de ces pratiques au sein du milieu universitaire, particulièrement exacerbée dans le milieu de la santé en raison des “traditions” et du rapport particulier au corps. Au sujet des viols et des tentatives, 3,7 % des étudiants sondés déclarent avoir subi un viol au sein de l’université ou au cours de leur activité professionnelle. Plus effrayant encore, 2,2 % se disent dans l’incapacité d’affirmer si une situation vécue s’apparente à un viol ou non, rendant les résultats probablement sous-estimés en particulier en raison de l’existence des viols domestiques, ayant lieu avec le ou la conjointe de l’étudiant, pour la plupart banalisés ou tus.

 

“Qui croirait l’étudiante ?”

Le nombre de plaintes n’est pas du tout en corrélation avec la fréquence des actes rapportés. “Je n’ai jamais osé. Je me suis dit que ma perception des choses était peut-être erronée, que j’en faisais trop” . “On a tellement l’habitude de ce genre de comportements ou remarques qu’on finit par s’habituer et ne rien dire” . “J’ai peur de ne pas être prise au sérieux ou de perdre mon temps sans qu’il y ait de sanction pour la personne concernée derrière”. Ce sont les explications des étudiants à la question : pourquoi ne pas avoir signalé ces agissements ? Seuls 6 % des agissements sexistes et harcèlements sexuels sont signalés, tandis que 25 % des viols le sont.

L’Anepf a présenté ces résultats à la conférence des doyens. Ils vont mener des actions conjointes pour lutter contre ce fléau et rendre plus faciles la prise de parole, l’accès au signalement et sa démarche, tout en développant la sensibilisation au sein du milieu universitaire pour que plus jamais la parole de l’étudiant ne soit bâillonnée, pour que plus jamais l’Anepf ou toute autre entité étudiante n’ait à réécrire de telles lignes.

 

Après le constat, les actions

Suite à l’état des lieux réalisé via cette enquête, l’Anepf prépare des propositions en matière de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, en collaboration, notamment, avec la Conférence des doyens des facultés de pharmacie. Elles réitèrent certaines demandes de l’Anemf (l’Association nationale des étudiants en médecine de France) formulées suite à sa propre enquête publiée en mars 2021 : campagnes de sensibilisation, enseignements dédiés… (lire Profession Pharmacien n°162 d’avril 2021). Les propositions de l’Anepf seront présentées prochainement.

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